CRR : Pourquoi le passer ?

C’était un soir, au mouillage sur un coffre à l’îlot Maître, en Nouvelle-Calédonie. Nuit noire, tout calme. Et soudain, une voix à la radio VHF — un appel de détresse sur le canal 16.

Un semi-rigide échoué quelque part sur un récif, dans la zone autour du phare Amédée. Une famille à bord. La voix criait, tremblait, paniquait, c’était un vrai accident. Quand le MRCC Nouméa a demandé la position exacte du bateau, la réponse a été : “Je ne sais pas exactement où je suis”…

Cette phrase résume tout. Pas de position précise, malgré la présence d’un GPS à bord qu’il ne savait pas utiliser pour transmettre une position à son interlocuteur. Plus, une utilisation plus qu’hésitante de la radio, et pas de fonction ASN (ce qui aurait automatiquement transmis la position), un acronyme dont il n’avait à priori jamais entendu parler, comme nombre de plaisanciers. Une panique visible qui trahissait un manque total de compétence et de préparation.

CRR : Pourquoi le passer

Sémaphore de la pointe du Talut à Belle-Ile – Le CRR nous apprend à communiquer avec les secours

C’est là que cela se révèle, car bien sûr les compétences ne manquent qu’au moment où on en a besoin, le reste du temps il est facile de faire semblant. C’est comme une ceinture de sécurité ou une formation aux premiers secours : on n’en a pas besoin jusqu’au jour où…on en a justement besoin.

Ce soir-là, ces gens avaient le matériel minimum à bord (ce qui est déjà pas mal surtout en Nouvelle Calédonie – où l’obligation d’avoir un permis côtier n’existe plus), mais ils ne savaient pas l’utiliser.

Les compétences que valide le CRR, sans être suffisantes, sont nécessaires, justement parce qu’il valide des connaissance et un savoir faire minimum.

Car pour communiquer efficacement il faut savoir comment ça marche et s’entrainer (y compris en Anglais si on navigue à l’étranger), pour ne jamais se retrouver dans cette situation.

Avoir une radio VHF ne suffit pas

Comme nous l’avons vu, avoir du matériel est une chose, savoir l’utiliser efficacement en situation d’urgence en est une autre. Appeler les secours, transmettre un message de détresse de manière structurée, donner sa position, comprendre les réponses — tout cela s’apprend. En situation d’urgence et de stress, on n’improvise pas. On applique ce qu’on a appris.

Sans oublier qu’en tant qu’usager de la mer, nous pouvons à tout moment être sollicité pour aider d’autres usagers en situation de detresse.

Le CRR, tout en restant basique (une journée d’engagement suffit pour acquérir les notions necessaires), valide un minimum requis, que ce soit en terme de compétences, de connaissances, d’utilisation, de règlementation, ou de méthode. Car le plaisancier, y compris à l’étranger dans la langue internationale des secours en mer, l’Anglais, doit savoir quoi faire.

Il doit savoir quel matérile utiliser et comment le faire, quoi dire, comment le dire, et comment répondre, au moment où ça compte vraiment.

Le CRR va bien au-delà de la VHF

C’est souvent ce qu’on ne sait pas avant de s’y intéresser, parce qu’en tant que plaisancier, avant de s’y interesser, on ne prend pas forcément la mesure du vaste domaine qu’est celui des communications maritimes : le CRR ne se limite pas à la radio VHF.

Il aborde également d’autres outils utiles en mer : le Navtex pour la réception des bulletins météo et des avis de sécurité, les balises de détresse EPIRB, l’AIS, les transpondeurs SART, ou encore les procédures de communication normalisées en anglais, parmis de nombreuses autres considérations et notions, qui vont de l’alphabet international aux SMDSM, en passant par les multiples acronymes et l’organisation des opérations SAR (Search and Rescue).

Notez d’ailleurs que de mon côté je propose une formation CRR complète sur le sujet (retrouvez le sommaire sur cette page).

Qui est vraiment concerné ?

Tout navigateur désireux de connaître et comprendre le fonctionnement des communications maritimes en France et à l’international trouvera un intérêt à se former sérieusement pour passser le CRR, autrement appelé “Short Range Certificate”.

C’est d’autant plus vrai pour celui qui envisage de partir à l’étranger, de s’éloigner des côtes françaises, ou simplement de naviguer sans permis côtier (ce qui est encore possible pour les voileux en France).

De mon côté, je pense que tout chef de bord emmenant sa famille ou ses amis en mer a de bonnes raisons de passer le CRR. Même ceux qui restent en eaux françaises avec un permis côtier — car la section radio du permis côtier est une initiation vraiment minimale, (un cours de moins d’une heure généralement !), ce n’est pas une formation complète : le CRR va sensiblement plus loin dans la compréhension des outils et des procédures.

Pour aller plus loin

Si le CRR vous intéresse, ma formation radio VHF CRR couvre l’ensemble du programme en vidéos, accompagnées de tests automatisés, à suivre à votre rythme.

Elle est également incluse dans ma formation permis côtier.

Je vous invite à visionner le premier chapitre, en accès libre.

Patrick Belliot — Formateur voile et nautisme